Actualité : Conférence du vendredi 6 janvier 2012
C'est une histoire mouvementée que celle du retable d'Issenheim, entourée encore à nos jours d'un certain nombre de mystères et d’hypothèses. Cinq-cents ans après sa réalisation, Pantxika de Paepe, conservateur en chef du musée d'Underlinden de Colmar, nous invite à faire le point et à redécouvrir cette oeuvre majeure.
Conservé aujourd'hui au musée d’Unterlinden Colmar, le retable d'Issenheim doit son nom à son emplacement d'origine: l'abbatiale du couvent des Antonins d'Issenheim, en Alsace.
C’est dans cette petite bourgade située à vingt-cinq kilomètres de Colmar, qu’autour de 1300, fut érigé une commanderie des Antonins, importante communauté religieuse due au culte de Saint Antoine l'Ermite, patron de l'ordre où les fidèles et les malades venaient prier devant cette oeuvre majestueuse mesurant six mètres de large et dominant le chœur.
Son exécution, datant d'une période qui se situe entre 1512 et 1516, avait été confiée par le supérieur de l'ordre à l'artiste allemand Mathis Gothart ou Nithart (v.1475 - 1528) - mieux connu sous le pseudonyme de Matthias Grünewald - chargé des exécutions peintes, et à l'alsacien Nicolas de Haguenau, auteur des sculptures. L’œuvre se fonde en effet sur un parfait mélange d'une partie sculpturale et d'une partie picturale.
L'ouverture principale du retable montre ainsi trois statues magistrales, celle de Saint Antoine accompagnée à ses côtés par celles de Saint Augustin et de Saint Gérôme, pères de l'Eglise. Cette scène centrale est flanquée à gauche d'un panneau figurant la Visite de Saint Paul à Saint Antoine dans le désert, épisode tiré de la Légende dorée de Jacques de Voragine. A l'opposé on retrouve l'Agression de Saint Antoine par les monstres, selon Saint Athanase, biographe du saint. Les autres ouvertures du polyptyque permettent d'admirer d'autres peintures de Grünewald telles que L'Annonciation, le Concert des anges et la Résurrection.
Or, le panneau le plus célèbre est sans doute celui de la Crucifixion, figurant sur le retable fermé, où le style de l’artiste est certainement le plus audacieux et le plus typique. Dominé par le pathos et l'accentuation des gestes, on pourrait qualifier son style d'« expressionniste », lequel est renforcé par une grande importance donnée aux coloris.
Dans ce panneau, sont évidents les liens qui existent entre l'artiste et l'art italien notamment dans le traitement des draperies rappelant la peinture léonardesque ou dans l'allongement et l'élancement des formes qu'on peut rattacher au Maniérisme se développant en Italie à la même époque. Bien que l’on n'ait aucune certitude d'un voyage en Italie, sa connaissance de la peinture des grands génies italiens reste incontestable.
Même si ce retable, depuis son arrivée à Colmar, se présente sous une forme déstructurée par rapport à l’œuvre originale - on constate notamment la destruction de la caisse le soutenant, reconstruite dans les années 1930 et l'absence du couronnement supérieur - le retable d'Issenheim conserve donc intacte aujourd'hui sa beauté et sa majesté. Depuis sa création, et tout au long des siècles, il a su ainsi être l'emblème d'un art expressionniste et « pathétique » qui a amené des artistes tels que les Allemands du Die Brücke ou les Espagnoles Picasso et Saura à s'en inspirer.
Raffaelli Gianmarco, étudiant en deuxième année de Licence d'histoire de l'art à l'université Bordeaux III